mardi 1 septembre 2020

FIUMICINO INTERZONE


Contexte : Passer dix jours de vacances à Istanbul. Moyen de transport : airbus, vol régulier alitalia via Rome fumicino ; objet : faire la connaissance d’une femme, une franco-maghrébine que m’a présentée une amie venue passer quelques jours à Alger ; prétexte : fêter le nouvel an. Flash éco. : Le billet d’avion  m’a été offert par l’amie entremetteuse.


J'ai à peine eu le temps d'entrevoir les fameux pins parasols à la périphérie de Rome ; on voit se retirer vers la gauche à vitesse grand jet, la plage et l’un de ces faubourgs balnéaires où a été trouvé en 75 la gueule broyée du frère Pasolini. J'ai eu le temps de voir une villa romaine datant de l'antiquité romaine. Par contre, je n'aurai pas accès à la zone sous douane comme la nomment les Algériens, c’est-à-dire, cette gamme d’espace à la plastique horizontale qui frappe les esprits dont le regard parcourt les travées proposant les articles de luxe répartis dans ces compartiments marchands étirés comme à l’infini car longeant une enfilade d’embarcadères au style épuré et froid et à l’intérieur desquels l'on voit fleurir les étals de parfums de marque et d’alcools forts comme ce whisky au teint ambré vendu pour un billet de dix euros quand le red label doit être cédé en magasin, à Alger, à plus de deux mille cinq cent dinars.

 Non, il y a, c’est incontestable,  traitement de faveur, ou dit autrement : différencié. Les voyageurs ne traînent pas à la sortie de l'airbus, se conduisant parfaitement, ils doivent déboucher sur un escalator qui surplombe un prisme triangulaire en béton et en plexiglas blanc, l’interstice est comme préparé à la hâte avec à sa base un portique de sécurité. Des flics en civil à la mine de Rambo et aux yeux viseurs physionomisent les voyageurs, je comprends tout de suite qu'il s'agit d'une mesure de sécurité spéciale, quelque chose se trame, on croise les uniformes sombres des quelques carabiniers mais sans leur képi d'un ancien temps. La tension est palpable car avant d'être palpé très étroitement par un policier aéroportuaire, il nous a été demandés de retirer ceinture et montre. A Rome, on renforce la sécurité  au sortir de l’avion.

Au moment où il m’a été signifié l’interdiction d'accéder à la zone internationale, j'ai éprouvé la remontée par paliers d’une bouffée de chaleur. Peut être la conséquence d’une forme de violence sourde, impalpable, encore en gestation ; me barrer la route et me mettre à l’écart de la procédure normale qui m’aurait vu cheminer parmi les étalages de parfums de marque et de whiskys des boutiques de souvenir mondialisé, mon passeport encore vierge du sauf conduit laisser passer Schengen était le garant d'une attitude distante voire défiante à l'égard de tata la France depuis voilà déjà sept, huit ans. Oui, je confesse : j’avais plus remis les pieds en Europe, le billet de banque holographique Schengen collé au passeport que ça aurait donné un accès sans encombre à la zone free-shop avec ses boutiques au design certain. Je me voyais me faufiler entre les rayonnages sans avoir eu le besoin idiot d'acheter liqueur ou parfum vu que j'avais pas d’fric mais ça m'aurait donné le moyen de perdre du temps à me promener dans les rayonnages des rutilants jack Daniels cinquantenaire et  du black label prestige…

Rappel du contexte : la vraie raison, c’est vérifier sur place l’état de fonctionnement de la marchandise proposée sur Facebook avec le soutien d’une communication positive et alléchante de mon amie qui avait, pour rappel, logé chez moi. Dans cette fièvre primitive de l’étude des préceptes de la pensée de Frantz Fanon , tout s’éclairait d’un jour nouveau. Je devenais objet d’étude, je devenais objet de convoitise, j’étais son héritier, enfin je faisais plutôt partie de son legacy : ce panier garni. L’enfant de parents ex-colonisés enfin vainqueur par ko technique. J’en fus le fruit, le petit a du vocabulaire, les pieds bien plantés dans le sud, solide culture transdisciplinaire, de l’humour et même un physique pas trop vilain. De l’autre coté des mers, mon ombre réfléchie déjà devenait une fiction car j’étais le combattant qui a vengé Abdelkrim et Abdel-kader tous deux défaits par les soldats de la puissance occupante et tous les Kaddour Saïd et Mohamed qui ont échoué dans le broyeur de la machine économique hexagonale à faire tourner à plein régime à la suite de leur guerre universelle entre blancs. Toutefois le contrat était étrange, la puissance financière n’était pas de mon côté, les euros c’est par là bas que ça se passe, toujours, nous n’avons donc pas encore gagné, enfin pas encore la bataille de l’autonomie. Car voilà la femme veut s’attacher un homme doué des gènes de combattant, de beau vainqueur. Surtout pas de troisième generation et de son accent des cités, car on admirait chez moi l’absence d’accent, car je fus éduqué façon troisième république, dictée avec bilan sous les cinq  fautes.

En gros, une arabe de France a pour objectif  d’accomplir sa pleine décolonisation en cherchant à faire un enfant, il faut qu’elle fasse vite, elle avait dépassé la quarantaine, en se liant avec un arabe du bled qui lui n’avait rien demandé – si ce n’est, peut être, faire le tour de gibert joseph à la recherche de nouveautés, et de livres introuvables chez lui à Alger -  et à qui le projet conjugal lui apparaît, avec le recul nécessaire, le piège se refermant sur lui, dessiner les contours d’une recolonisation dans les faits. La France, oui, allait le submerger à nouveau, l’engloutir, ce ne sont pas les doux rêves qui promettent une installation au bled du jeune couple qui y feraient contrebalancer la chose, de l’autre coté de la mer, l’aventure se mêle à la rêverie  d’une installation de colons dans un kibboutz, pourtant, y a de l’infrastructure même ici.

 

Mes yeux se reconcentrent car ils distinguent des pins parasols, on est donc à Rome, on approche de fumiciano l'aéroport de la ville éternelle, aperçu ici et là des villas antiques, vu la plage, peut être Ostie là où est mort en 75 PierPaolo Pasolini, le mec qui a su, le premier, que la religion de l’argent apporté par le général Marshall allait engendrer un nouveau totalitarisme : la culture de masse. On descend, pas de panique à bord, c'est en douceur que cela se passe, j'ai toujours été indifférent à la chose, je n'ai jamais pensé à louer ou prier un dieu en ces circonstances.

L'espèce de tentacule qui relie l'avion à l'enceinte de l'aéroport est dressée, je m'y engouffre, je porte un lourd manteau acheté plus d'une brique dans un centre commercial d'Alger en prévision du froid qui pourrait intéresser ma destination finale : stamboul. Malgré le paquetage, je marche à vive allure, je n'ai pas de temps à perdre, je double pratiquement tout le monde, je sais y faire ; on arrive à une sorte d'espace bâtard par un long escalator, on a le temps d'identifier pas mal de choses : des grappes de flics lourdement outillés, des officiels de l'aéroport et même des physionomistes en tenue civile, curieuse façon de dire buonjorno chez les Romains. Une tension s'installe chez les algerinos aspirés vers un portique de sécurité dressé à la hâte dans ce no man's land moche à souhait, la zone internationale de l'aéroport et sa clinquante zone free shop sont encore un rêve lointain.

Regards durs de ces pupilles bleues agencées aux mâchoires carrées des flics en combinaison, ça zyeute partout, c'est ça le monde actuel, le terrorisme coule dans leurs / nos veines à présent. D'un chahut de basané, deux trois agents convergent vers lui, ils empoignent le compatriote tapageur qui n'avait pas retiré sa ceinture avant franchissement du portique ! Panique encore, quand mon tour vient, le portique voit rouge car mon sac à dos contient des objets en métal non identifiés, les flics qui doivent identifier ça aux rayons x sont dubitatifs, on fait appel à un flic au crâne rasé encore plus méchant. La situation est là voici : ils ne savent pas ce qui y a là dedans, les regards s’échangent en silence, on est inquiets, avant même d'ouvrir le sac. Je leur lance avec mon anglais passepourtout façon pour moi d’apaiser les angoisses : it's my camera and I have two optics , I am a photographer, quelque chose du genre. Le calcul neuronal qui s’ensuit doit avoir avec une forme de sidération qui approcherait la question suivante : pourquoi un bicot aurait il eu le besoin d’investir dans du matériel de photographie ? Les regards qu'ils échangent font foi. « Croyez-moi sur parole. »

Romes pins parasols dont la frappante horizontalité signale des vents arasant le sommets des conifères qui poussent  à proximité d’Ostie, longue langue de sable ou se promenaient Pasolini et ses petits amis au petit jour après avoir fini d’écrire un chapitre de son livre ou le montage de son dernier film ; plongé dans le couloir roulant vers l’enceinte aéroportuaire, j’emprunte un escalator débouchant sur un espace triangulaire au plafond haut d’une dizaine de mètres. Cela accorde au lieu, un imaginaire que n’aurait pas renié le dispositif en forme de défi à plusieurs caméras imaginé par Brian de palma dans lequel le temps semble s’écouler plus lentement. Il y a des images qui vous retournent au cerveau et qu’il faudra malaxer les codifier et les conceptualiser, osons le mot, intellectualiser.

Oui, Car je vois cet escalator débouchant sur deux files, l’une continue de pousser en direction du portique de sécurité tandis que la file de droite débouche sur un simple contrôle d’identité. Le tableau prend forme à la vue de la nature des queues en présence : celle de droite est plus bariolée incarnant le triomphe de la mondialisation insouciante, car de barrières il n’y en a plus. Celle qui file droit vers le portique est clairement plus homogène. Je rêve mais je devine que les carabiniers trient les voyageurs sur la seule base des critères physiques. Nous voilà débarqués dans le bon vieux dix-neuvième anthropométrique : retour des races. Le dispositif est rudimentaire donc gênant : au bout de l’escalator se placent deux policiers qui sont chargés de trier les voyageurs sur la base de leurs traits et leurs vêtements, ainsi les jeunes maghrébins sont immédiatement séparés de la file principale et conduits au portique aménagé à la hâte.

On se toise, entre basanés, surtout moi, isolé, et puis un autre, les voyageurs seuls cherchent du regard une réponse à ce qui leur arrive, racisme ? Sûrement, le terrorisme fait recette : il envoie bouler les fameuses fumeuses valeurs universelles de la civilisation et que reviennent au galop les vraies valeurs perdues, la distinction par la race. Un visage d’étudiant aux lunettes fines se dégage de cette grappe de maghrébins plutôt gredins, mal diplômés, j’en vois qui sont habillés de chaussures de sport noires minables que l’on voit souvent dans les rues d’Alger, et qui signalent une appartenance à ce lumpenproletariat des services, des pauvres diables de moins de vingt cinq ans biberonnés aux applis mobiles et au Youtube et rêvant de London et du cul de shakira , Paris les intéresse peu, démodé.

Il affiche avec ses lunettes fines un visage de bon élève, un carabinier se confond en excuses, je comprends vite : «  je suis brésilien, je suis étudiant et je suis muni d’un shengen » voilà, ça rappelle les sikhs tombés au champ d’honneur par représailles directes after septembre le onze, un enturbanné buté comme ça par un cowboy rougeaud du middle-west pensant avoir affaire à un musulman, ou bien le cas de ce jeune étudiant, un brésilien, descendu par Scotland Yard dans le métro londonien, pensant avoir affaire à un « musulman » «  lui aussi », le nouveau renard à déterrer, chasse à courre mondialisée, nous sommes les cibles désormais, les cafés au lait sont comme damnés , faudra s’y faire, même ma tête charmante de photographe lunaire n’y fera rien, je ne demande rien je constate, je hais les attentes mais là c’est inespéré, le racisme enfin érigé en système au cœur d’une enceinte aéroportuaire de la vertueuse Europe.

J’ai compris, un compatriote, devant moi, dans la file des réprouvés engage la discussion, à Rome c’est bien connu leur arretauport est une passoire comme pas possible, zont peur qu’on leur file entre les doigts ces cons, du coup, ils nous gardent ici

Ici c’est quoi ? On était une vingtaine, on nous conduit dans un espace vaguement rectangle aux allures de froid bâtonnet. L’interzone agit comme un parfait non lieu, un espace résiduel. Cette gamme de lieux dessinés par des second couteaux d’une grosse agence paneuropéenne abritant ses bureaux dans un open space translucide et dont les cases de travail de ses subalternes sont tout aussi reléguées que les mètres carrés inutiles que compte l’aéroport qu’ils auront à dessiner. Les lignes biscornues du volume attestent que l’anonyme architecte programmiste a dû griffonner la mention : «  fonction à déterminer au cas où ? »

Nous sommes dans ce cas où, au cas où, à part deux distributeurs fatigués servant café et barres chocolatées, le triste couloir était bordé d’une enfilade de sièges en acier froid visiblement fixés de fraîche date. L’attente, les flics en uniforme sombre à la sortie étaient trois ou quatre, d’autres sont stationnés non loin, les premières insultes fusent, les compatriotes ont l’habitude, ben oui, quand je vais à stamboul et passant par Rome, c toujours comme ça pour ceux qui n’ont pas le sésame shengen , je venais de deviner le caractère habituel des lieux..

Les pins parasols en vue, Rome pas loin , enfin l’Europe mais subsistait une inquiétude muette, le jour où j’ai appris que je partirais pour istanbul via la correspondance romaine, à la faveur d’un présent, une amie de fac de presque vingt ans, , qui a migré à Paris que j’ai hébergée m’a fait cadeau du billet aller retour , grâce à sa carte visa et un laptop branché au réseau Wi-Fi de chez moi, je lui ai pourtant opposé le fait que j’irai acheter un billet alger istanbul , un direct , un vrai vol souverain sans avoir à faire ce détour par l’Europe, car la Turquie est en Asie mineure, pas encore majeure pour compter parmi la constellation bleutée, mais elle se montrait inflexible et un rien moqueuse : «  j’ai vu à tes yeux ton hésitation, je vois que ton budget est serré » le cadeau empoisonné j’y ai goutté avant de le déballer, la mine attristée quand j’ai su que j’allais remettre les pieds sur le sol du continent impérial, comme un avant goût de l’aventure ici présente.. l’amie qui par ailleurs devenait une fan absolue de Frantz Fanon et des théories décoloniales s’y afférent, tout prenait un sens .. contraire

« Malgré le maigre salaire J'informais mon amie ma bienfaitrice que j'allais m'acquitter de la somme pour le voyage vers Istanbul mais le marché était déjà conclu. »

La mémoire me convoque ce souvenir durant les derniers jours de ma vie d’étudiant en France où une chère amie, encore une Algérienne de Paris qui en m'accompagnant au métro parisien a fait passer son ticket pour que je puisse franchir le tourniquet bien que j'en avais une dizaine dans la poche de mon blue-jean fatigué. Après l’avoir quittée,  au détour d'un escalier qui accédait au quai de mon métro je fus interpellé par la police ainsi j'ai dû débourser trente cinq euros de contravention, coupable de n’être pas muni de ticket validé. Les amis qui vous veulent du bien : est ce que ça ne ressemble pas à première vue aux primitifs sentiments coloniaux ? De ceux qui nourrissaient les mobiles du futur massacre, avant même le débarquement à sidi ferruch ?

Je devais avoir un livre, lequel ? j’étais trop excité par ce qui se passe aux alentours, je crois l’avoir sorti de la poche de mon vaste anorak , le dégainer devant tous ces pauvres diables m’aurait encore plus isolé de la communauté nationale, celle qui se constitue dans l’interzone : espace au statut indistinct ; un fond perdu d’un plan d’architecture décidé par un stagiaire : sûrement un jeune qui débute et qui s’est amusé à laisser deux trois espaces inhabitables, aux recoins de la vaste aire aéroportuaire, de l’air, un «  au cas ou » , nous sommes là pour ça , le ça spatial est parfait pour les cafés au lait en quête incertaine.



Parlant de quête, je range ce roman à la con qui m’aurait différencié de mes compatriotes du jour, qui m’aurait fermé à la compréhension de leurs visages de post adolescents. Ils avaient bien une décade de moins que moi au compteur, même quinze, ils sont nés pour la plupart au début de la seconde guerre, l’un d’eux s’explique, il vient à moi, ou c’est plutôt moi qui m’approche de lui ?  Vous savez quoi ? Ce fut une décision , j’ai dégainé le fuji, et il a réagi. Il a posé; en posant, je lui pose des questions, i me répond franchement : oui stamboul puis izmir puis la grèce et arrivé là bas , ça dépend , y en a ici qui ont déjà fait ça mais ils ont été refoulés, on retente notre chance, à izmir on prend le bateau, puis on voit, je finis par «  voir ». Sur ces curiosités, je rétorque : ben moi c’est stamboul la destination finale, ah oui, oui, c’est juste pour les fêtes de fin d’année, en vacances quoi ! Je ne vais pas à izmir oh que non , pour moi izmir c’est le sud de l’anatolie enfin, la cote anatolienne qui descend des Dardanelles dans le sens nord sud dessinant une cote accidentée, la fameuse turquie grecque, troie, l’ionie , la mer ionienne, Rhodes Thalès de Milet et l’autre là Éphèse , je me serais contenté d’aller suivre le chapelet de ruines grecques jusqu’au camp concentrationnaire d’izmir, vaste camp de tourisme de masse de masse mondiale à ce qu’on en dit, et c’est là bas que mes compatriotes du jour veulent se rendre, pour prendre un bateau pour la Grèce toute proche avec ses centaines de terminaisons nerveuses. conclusion : le vieil homme malade de l’europe, durant son agonie, a enfanté d’une nation nouvelle mis au ban de l’europe, une expulsion et un tri ont été mis au grand jour.

Rien que l’autre jour, je disais que ça faisait bien une décennie que j’ai pas remis les pieds en europe par choix ou par contrainte mais aussi et surtout suite à une émotion vive : un profond sentiment de défiance, une désinvolture. Et surtout : une mise à l’écart, je me suis retiré du marché de la culture avec son lot de dossiers à constituer pour espérer glaner des subventions et des permis de voyager librement eu égard à mon statut présumé de futur artiste réalisateur de boniments animés sur pellicule numérique appelés à provoquer l’admiration de deux trois racailles de la critique ici et là en europe ou chez leurs supplétifs du sud suffisamment puissants pour prescrire l’œuvre sur les antennes respectives ici et là, les mêmes enfin tournoient comme une nuée de mouches autour d’un palais de carnaval de film irradiant de leurs éloges la future carrière d’une croûte sur grand écran. Un ami a objecté, montrant que j’avais été en voyage à stamboul, comme pour situer l’ancienne capitale byzantine en europe, mais la capitale de cœur d’erdogan est désormais dans ce nulle part, elle est tout comme moi , en attente de statut, un pied dans le vieux continent pouacre, un autre chez l’ogre asiate , la ville s’écartèle, une torture qui fait le charme de la cité-état.

Rome fumicino territoire passoire, voilà comme l’avait décrit mon gars celui qui a posé le premier pour moi, il avait une veste qui faisait plus chic que ses copains restés en retrait, eux se méfiaient encore, lui avec sa gabardine simili laine il avait pris confiance, il était bien mis, les cheveux coupés impeccables, rasé de près mise à part un triangle de poils minuscule sous la lèvre en guise de barbichette il a posé en leader façon mafioso, un titi algérois en quête d’Europe, pour tremper quequette dans fourneau blond entre Bratislava et Berlin, entre Berne et Rotterdam, il a suffisamment de cran pour narguer l’attrait proposé par le dépaysement hexagonal, car voilà l’europe est ailleurs et tout autour du vieux croûton objet d’une méfiance primitive, le parfum d’europe l’a quitté en acceptant de devenir un empire africain.



Le gros de la troupe a suivi et j’ai pu mitrailler en prenant mon temps, une poche mafieuse qui se crée sous les yeux de mon objectif, au menu : petits larcins, escroqueries aux cartes magnétiques et peut etre meme deal de dope. Les deux seules filles qui étaient du voyage ont souri même si ça leur était difficile, je ne crois pas qu’elles étaient tentées de faire le trip jusqu’à Izmir puis les îles grecques, mais qui sait ?



Passoire, toujours, dans le bureau du fuhrer à bechtesgaden il réfléchit avec ses généraux à gober cet allié fasciste aux allures de boulet car jugé  incapable de remporter la moindre victoire sur des champs de bataille pourtant rudimentaires, les descendants de julius caesar et auguste incapables de pacifier la Yougoslavie, la Grèce, leurs possessions en Libye et dans la corne de l’Afrique et le débarquement en Sicile menace l’intégrité du pouvoir du Duce , rien que ça, ces alliés sont un fardeau et nous, descendants des numides colonisés par la puissance romaine nous sommes la solution révélatrice, fumicino, fumier branlant d’une Botte délabrée, dent de sagesse cariée à extraire au plus vite.



L’amie que j’ai logée en octobre donc m’a fait cadeau du billet pour Constantinople, d’un tour de main sur son téléphone intelligent relié par internet via mon réseau wifi a acheté un billet alger rome stamboul stamboul rome alger, étrange tout de même, depuis alger, les algérois algériens achètent des billets alger stamboul direct , fumicino i connaissent pas.

Le billet aller retour allait s’avérer un sacré cadeau et pour cause je reviendrai à fumicino dans dix jours, et cette fois ci j’aurais même pas droit au bus des passagers. J’ai enduré le véhicule estampillé polizia. A la manière du dangereux criminel, deux flics devant, un derrière et deux indigènes dont moi, manquaient les menottes pour finir de composer le tableau, kafka sors de ce tableau. J’étais coupable collatéral, mon tort est d’avoir traité avec le plus profond des mépris le pass schengen. Dans l’avion vide, mon compagnon indigène, certainement un échoué d’une autre poche migrante m’a fait un large sourire comme pour adoucir le tableau.



Pourquoi tout ça ? Il ne s’agit pas de cri mais plutôt d’un statement, poser un bâton dans la boue de la mémoire pour y laisser une trace. Les vents sont contraires, il y a donc orage, et on peut en rendre compte. Moi, désormais immobile, on a brisé la monotonie pour un voyage étrange.

Je n’existais déjà plus, le dessèchement des sociabilités chèrement acquises des années durant était la conséquence d’un refus ferme de frayer avec tout ce qui s’apparentait à tata la France. Son hydre s’étendait sur de nombreux relais et guichets pour subventionner les anciens colonisés et leurs films qui seront montrés dans les carnavals de film où suintent les sentiments de culpabilité postcoloniale de quelques privilégiés européens situés à gauche qui maîtrisent le jargon critique, qui auront pour tache de diffuser donc la bonne parole et ainsi renvoyer l’ascenseur pour les meilleurs indigènes en leur octroyant un emplacement sous la forme d’un visa de deux ans pour leur permettre de jouir des joies offertes par Paris, de la beu en vente libre dans les échoppes d’Amsterdam et en été de braver le danger de se voir moquer la déformation inquiétante de leur maillot de bain à mater les poitrines phénoménales des adolescentes bondissantes qui perlent le rivage de la torride Costa Brava. Voici comment  quand ils ont le mal du pays des blancs surtout quand ils sont plongés dans les déprimes algéroises saisonnières, c’est souvent ce qu’on ressent après un séjour prolongé à la maison Alger ou même pour la fuir pendant le ramadhan, Alger : ville dépressive de classe unique. Pour les plus méritants, ça sera une carte de séjour de dix ans, et la porte ouverte au sésame : la francité belle et entière, comme l’ultime remerciement pour services livrés à la République.

Je n’existais plus car je ne me montrais plus dans ces oasis de mondanités durant lesquelles les téméraires font le signe de croix avant de tailler la bavette avec le responsable de l’action culturelle de l’ambassade hexagonale en lui prodiguant les bonnes paroles telles que celles-ci : «  pour mon premier long métrage, j’ai besoin de votre plein soutien bien que le scénario dérange les deux pays car oui mon propos est dérangeant, propre à déstabiliser le roman national. » Une belle tête de vainqueur, surtout quand, des années plus tard, bouffi par la mauvaise vie et l’oubli consécutif à un talent imperceptible,  dans ce coin de bar minable à paris il se repassera le générique de fin de sa chantilly audiovisuelle où il est fait obligation de remercier tata la France ainsi que toutes ses filiales. Un vrai danger donc pour les valeurs de la république.

A ce stade, je me rétracte, fermée la france, toute l’europe se ferme à moi, et moi à elle, quelques voyages au moyen orient, et puis c’est tout, mon espace c’est ici enfermé. Fier de cette disette d’europe , qui quoi pour m’en empêcher ? Un voyage, à Rome, du moins pour transit, une expérience brève, mais une punition dans les termes. Ici, vous serez sous haute surveillance policière comme un malpropre, vous vous êtes rendu coupable de mépris pour votre ancienne maîtresse. J’avais rien demandé, ou presque ; c’était juste pour reprendre goût au voyage, faire quelques photos des mosquées de Sinan, et peut être découvrir les murs épais des remparts de Constantinople au nord du quartier de Fener et de Balat, tâter de la frontière. L’Europe est derrière le mur et je ne suis pas prêt à le franchir.

L’europe a fini d’exister dans mes veines dans mes tripes, ne demeurera que l’objet d’étude, on s’y fait au sud, par notre refus mutuel, je me fais sud et vous dans le là bas, aucune réconciliation en vue, la haine sourde silencieuse, le terrorisme est garanti cent pour cent moral à l’encontre de ce tas de fonctionnaires de la police de Fiumicino , un mélange de bêtise obéissante et de mépris instinctif pour nous autres, café au lait.

J.O / Br.



samedi 15 octobre 2016

L'instant décisif persistant

Coburn plonge ses yeux bleus dans le mur
la scène pensée immobile, rappelle toi, 
coburn est sidéré par l'exécution de ses companeros par les sauterelles de Gunther Reza sous une pluie battante, les hommes seront fusillés contre un mur en pierre,



mais le plan fixe s'immobilise à cause d'une rupture de connexion internet qui contrôle le démodulateur du signal vidéo provenant d'une antenne parabolique récupérant un signal satellitaire,
le sac photo n'est pas si loin, une dizaine de mètres, attends James, je reviens,



l'instant décisif qui dure, 
les yeux bleus sidérés de james, l'instant rendu à la permanence 
la photographie ci dessous est en conclusion :
Une sidération de la sidération de l'homme face à sa propre condition.

Il était une fois James Coburn doublement sidéré par votre serviteur même,


mercredi 8 juin 2016

Le pet nauséabond d'un prix nobel de la paix

Elie Wiesel, une star


Circonstances : je devais rendre un bouquin sous 48 heures au risque de voir débouler de la vieille connaissance rance, par conséquent, j'ai consenti l'effort de vous montrer un  de ces extraits exemplaires qu'on isole tant la lecture du passage incriminé est à même de faire le portrait complet d'une figure tutélaire de l'ordre moral occidental et ainsi de dégager des limbes les traits de la plus parfaite des ordures, et dans la série des droitdelhommistes qui nous rendrait fort sympathique le troisième Reich des fois que ça passe sur Arte tous les mercredis que fait l'histoire des hommes,,, on appelle à la barre, le prophéte commémoratif Elie Wiesel..

le livre : une enquête très fouillée sur les préparatifs de la menée impérialiste américaine en Irak au printemps 2003 rédigée par la légende de la presse écrite étasunienne , bobbe Woodward, celui qui a fait tomber avec son compère Bernstein le président nixonne fi 1974, oui c'est bien lui, tout droit sorti de la cinquième saison de The Wire ce journaliste intrépide va chercher à être le plus précis possible en vue de raconter les zones obscures entourant les préparatifs de la hideuse campagne d'agression d'un pays déjà à genoux , l’Irak de 2003
dans l'extrait incriminé, l'homme de paix statufié de son vivant par  le prix Nobel de la paix , Elie Wiesel autrefois rescapé d'un camp de destruction de juifs d’Europe comme pour para phraser un célèbre historien des camps , a soufflé à l'oreille de dabliou ces mots d'une grande douceur dans cet extrait du livre de Woodward :

" L'Irak est un état terroriste, expliqua Wiesel, une intervention militaire était un devoir moral, Si l'occident était intervenu en 1938 en Europe, on aurait pu éviter la deuxième guerre mondiale et l'Holocauste. " C'est une question de conscience. Au nom de la morale, comment pourrions-nous ne pas intervenir ? Je reconnais là votre grande sagesse " acquiesça le président américain."

plus loin, un autre extrait ou il explique le fond puant de sa pensée belliciste

" face à des risques aussi graves, il était impossible de rester neutre, assura Wiesel. L'indécision ne faisait qu'encourager et favoriser la voie du mal et l'agresseur, et non pas les victimes.  je suis résolument opposé au silence."

et je ne me prive pas de vous livrer un dernier extrait bien croustillant qui rend compte de la marque indélébile laissée par ce businessman de la mémoire et véritable " saint homme déclaré meilleur représentant victimaire du 20e siècle " sur ce crétin terrifiant qu'était dabliou

" Dans les jours qui suivirent, Bush ne cessa de répéter les remarques de Wiesel. Longtemps après; il évoquait encore cette rencontre : " Ce fut un moment très fort pour moi, car il m'a conforté dans mes convictions. Je me disais que si c'était là ce que ressentait Elie Wiesel, qui est bien placé pour connaitre les souffrances et le calvaire que peut causer une tyrannie, d'autres éprouvaient sans doute aussi ce sentiment. Je n'étais donc pas le seul."

Woodward ( Bob), Plan d'attaque, Folio documents, Paris 2004. Extraits pp. 474-475.

dimanche 17 avril 2016

L'enfant du pays




il est monté sur le caillou qui surplombe

l'heureux enfant du pays,

il contemple depuis le promontoire la vallée
interdite qui longtemps avait pour cause la guerre animalière

l'enfant guide, pèlerin le temps d'un guidage

en semaine, rangé des vertes voitures,  on le croise en fonctionnaire municipal

en fin de semaine, il recueille les enfants perdus de la route

il se nomme mohand le chleuh, il attend sa bien aimée,

en attendant, il féconde la montagne tout autour de sa crème pâtissière, là voilà reverdie

le bal des célibataires attendra,

kermesse dans la municipalité d'en bas, la mer aidant, en haut
les montagnes, font encore peur,

les couples d'enfants perdus s'implantent
hippies néo en mal de panorama cieleux
en stratèges ils corrompent le pays :
 " je vous l'avais dit, ici, c'est la paix, on peut faire du bon fromage de chèvre,
on le commercialise dans les trois ans "

et l'enfant du pays de continuer à guider les ceux d'autrefois, perdus de la route



un rêve de fraternité s'écrie dans ses yeux
L enfant du pays sera trahi

L étranger venu à sa rencontre avec son poison de l'urbe a fait un enfant au pays dont il est, l'enfant

vendredi 11 mars 2016

samedi 27 février 2016

bout est la femme

femme au bout,
au bout une femme,

un bout de femme au bout,
et au bout un bout de femme,

femme debout au bout,
au bout et debout une femme,

un bout de femme debout au bout
au bout un bout de femme debout, au bout


mardi 12 janvier 2016

Rupture de faisceaux

De retour après une rupture de faisceau due à un incalculable faisceau de raisons diverses et avariées, on a choisi cette photo pour illustrer le retour du faisceau de nos émissions... de  photons lumineux,

rupture de faisceau

dimanche 11 octobre 2015

Pour abonder dans le sens du Manchar

Info exclusive  : 
On sait pourquoi Alexis Tsipras a fini par capituler face aux banquiers européistes, il se serait vu offrir une villa au club des pins.

info exclusive #2 :
 le secret le mieux gardé en Algérie après celui de la mort des deux présidents Boudiaf et Boumediene serait la liste complète des actionnaires du journal dominant el v-otan

info criminalité :
 Affaire du vol des cordes vocales de Khlifi Ahmed, après mûre enquête , plusieurs interpellations de nombreux grands noms du chant lyrique aux abords de la scala de Milan ainsi que devant l'opéra de Paris ( le gros caca néoclassique pas loin de l'agence air Algérie donc ) , nous vous donnerons de plus amples informations dés que nous disposerons de la liste de ces trafiquants d'objets d'art et autres trésors de notre patrimoine national.

actu partis politiques :
 le chef du FLN s'est dit choqué par les critiques qui lui sont faites depuis qu'il dirige le vieux parti nationaliste, en effet, la plupart des critiques acerbes adressées à monsieur Saidani mettent en avant ses anciennes activités de musicien maniant la derbouka, saidani a déclaré à des proches qu'il visait à réhabiliter son image en s'approchant du modèle tant loué par ceux là même qui critiquaient le dirigeant tambourinaire, c'est à dire l'homme à poigne et homme politique parmi les plus cyniques c'est à dire ahmed ouyahia, un homme d'état qui a su lui éviter les critiques comme par magie, lui l'ami du triumvirat malodorant THT : touati haddad & tahkout...

info sports : 
hannachi patron éternel d'une JSK qui n'est que l'ombre d'elle même contre-attaque, il a invité à déjeuner un joli parterre d'anciennes gloires du club, résultat : intoxication alimentaire à la mort aux rats. Selon des sources inhospitalières, le bien triste bilan s'élève de onze décès soit le nombre exact de l'équipe des convives;  on ne sait pas, à l'heure ou nous imprimons cette information, s'il s'agit d'un acte ignoble des anti-moh-cherif ou un sabotage de moh-cherif lui même dont on dit qu'il eût l'idée d'empoisonner ceux qui pouvaient entraver son mandat prévu pour l'éternité. moh cherif qui s'était plaint de violents maux d'estomac au sortir du déjeuner a déclaré à un journaliste de passage par une porte dérobée de l’hôpital : " qu'il s'occuperait en priorité de ses amis, ses ennemis ? Connais pas ! " à l'heure ou nous diffusons l'information, moh cherif est sorti sans encombres de l’hôpital aït Oumergoulou Attass près du village alpestre de Izlathen-Irkoul. 

mardi 28 juillet 2015

La pensée d'Etat ou comment preferer les blagues de Ouyahia à celles de Saidani / Sellal

Dans facebook qui devient dangereusement un média dominant et auquel on doit faire le tri des informations qui y circulent afin d'en faire une critique des médias, les réactions s’enchaînent comme des perles à propos de l'incompétence et l'arrogance de Saïdani, autrefois musicien et aujourd'hui responsable du FLN, on demande sa démission, on le lynche symboliquement,  mais pourquoi cet acharnement qui ravive le souvenir de bien des silences sur les autres personnalités éminentes des partis croupions qui l'ont précédé sur la scène médiatique algérienne, hein  ?

paceque
à l'occasion de la " sortie " médiatique d'Ouyahia très récemment on peut tout à fait prélever et isoler la pensée d'Etat ou la pensée étatisée ou la pensée faite Etat se niche dans l'individu, c'est donc encore une preuve que l’État c'est un peu plus que l'appareil d'état avec son cortège de secrétaires généraux des ministères, enseignants, fonctionnaires des impôts, militaires, flics, médecins et paramédicaux de l'hopital public et j'en passe
l’État s'est aussi niché dans la pensée d'état émise par certains à certains moments dans des réponses toutes trouvées pour trouver un remplaçant au couple de comics troupiers qui font le lit de l'actualité et des timelines de facebook dans la personne d'ouyahia, garanti 100 pour cent homme d’État, la poigne, la moustache ( les deux comiques en sont dépourvus ) et la dureté et aussi un peu de cette virilité et un sens aiguisé du dérapage très contrôlé, une prestance, une faconde dans les trois langues et un honneur tout retrouvé de ce qui fait la qualité première de l’État : terroriser par la stature

Ainsi bien pensants et autres belles âmes bien inspirées parmi lesquelles des stars de facebook, des artistes, des grandes gueules,  des " intellectuels daoudiens " demandent même à qui veut l'entendre qu'ouyahia ferait un bon président et ce au détriment du blagueur Sellal qui lui n'avait pas réfléchi avec cette formule lapidaire la recrudescence des morts  durant l'année 1997 en lâchant à la mêlée : " le terrorisme est de plus en plus résiduel car il tue de plus en plus " ou comment montrer que la population massacrée fut en son temps elle aussi résiduelle, c'est donc par réductionnisme mathématique qu'on pourra affirmer que ouyahia a exprimé une idée comme celle ci : le terrorisme est de plus en plus résiduel car il tue de plus en plus de résidus..
Donc, les blagues à la logique morbide de ouyahia doivent faire mourir de rire ses supporteurs au grand dam des bouffonneries qui ne tuent pas ( de rire ) du couple sellal saidani
Bienvenue en épouvante

Une moustache implacablement étatique

mardi 7 juillet 2015

ACHETEZ BOUCHENE

pour une fois que je vais relayer une info trouvée chez ces ordures d'el vatan;
l'appel rédigé pour une part par GILBERT MEYNIER historien et type très bien tente d'alerter sur la situation financière peu reluisante de la maison d'édition de ABDERRAHMANE BOUCHENE , éditeur qui compte parmi ceux qui peuvent se targuer d'avoir un tant soi peu sauvé l'honneur de l'Algérie, par conséquent, en sauvant BOUCHENE maison d'édition résistante et donc honorable et qui goute peu à la mode et aux fluctuations liées aux effets dévastateurs de celle ci , vous sauverez votre honneur et ceux à qui vous ferez lire les ouvrages de BOUCHENE.
alors repoussez vos achats petits bourgeois de produits en tout genre made in barzakh et achetez utile, achetez BOUCHENE, vous trouverez les livres de chez BOUCHENE dans une librairie liée à ces ordures des editions casbah à la place de l'émir abdelkader fi Alger Centre , un lieu qu'on appelle librairie du tiers monde
vous y trouverez des livres intelligents et peu spectaculaires qui ne font pas le buzz ni les plateaux de canal, des livres qui creusent dans la complexité des choses en toute simplicité,
allez au site de BOUCHENE, www.bouchene.com pour y voir les pépites cachées dans ce catalogue patiemment accumulé depuis bien des années.

Abderrahmane Bouchene dit le résistant

dimanche 21 juin 2015

FABLES du TERRORISME

  • Le terrorisme génère non pas exclusivement la terreur mais le cadre d'un terrorisme encore plus grand, celui, supérieur aux autres, dans le sens de massif,  celui qui émane de l'Etat.

  • Le terrorisme de type anarchiste de la fin du 19ème siècle est un flux non étatiste et crée d'autres flux terroristes plus pernicieux comme ceux organisés par l'Etat censé combattre le flux terroriste initial.

  • A priori le terrorisme sert les deux parties belligérantes mais dessert, en définitive, les bons, pris dans le sens de premiers, c'est à dire les terroristes soucieux de faire avancer une cause et sert beaucoup mieux les mauvais terroristes - dans le sens de déguisés, c'est à dire les imitateurs - qui font avancer la cause des causes : la domination complète de la masse populaire par l'Etat qui semble-t-il tend à se positionner comme un Etat des choses..

  • Le terrorisme durable, celui qui a une certaine consistance ne peut être en dernier ressort qu'étatique, qu'il soit nébuleux / groupusculaire ou organisé par un parti qui a pris les armes, il est trop souvent aidé et alimenté par les services de l'Etat qui estime que c'est la seule façon de faire place nette et de détruire le parti considéré comme rival de l'Etat qui aspire à détruire l'Etat ou voudrait le transformer..

  • Le terrorisme ne peut être qu'étatique pour une raison bien simple, le terrorisme est un mot émanant du parti de la Terreur montagnarde crée par Robespierre et Saint Just, le parti au pouvoir à la convention à partir de 1793. il a organisé la grande terreur, période funeste où beaucoup de rivaux politiques ont fini sous la coupe de l’échafaud. la Terreur était d'usage pour ses propriétés purgatoires et non pas pour ses propriétés terroristes propres au terrorisme tel que nous le connaissons aujourd'hui.

  • L'Etat dans sa version finale tend à se confondre avec l'état des choses, en comparaison, la chose serait ce merveilleux poisson muni d'une ampoule naturelle, vivant donc à plus de trois mille mètres de profondeur et est parfaitement adapté au milieu marin des abysses, un monde obscur où il y a si peu de lumière solaire, les profondeurs abyssales sont, par métaphore, à la fois l'Etat et l'état des choses,

  • L'état et l'état des choses se confondent ainsi que les choses qui font partie intégrante de celui-ci, c'est l'essence de l'Etat suprême, les Saoudiens en connaissent un bout, puisqu'ils en sont , à l'heure actuelle, l'incarnation la plus aboutie de cette domination, ils sont ainsi identifiés par l'appartenance à une fratrie de plus de cinquante vieillards séniles qui jouent de l'épée comme un gamin jouerait d'une corde à sauter.

  • Il n'y a de terrorisme que celui généré par un Etat ou l'Etat, donc.




  • La presse, émanation  de l'Etat et versant désarmé de celui-ci contribue au terrorisme par le moyen de l'information.

  • L'information fabriquée par la presse quotidienne durant une période de haute activité terroriste est une information de type terroriste qui par conséquent vise à terroriser les petites gens lecteurs de la presse quotidienne et contribue donc à l'effort de guerre terroriste mené par l'Etat.

  • Dans une guerre basée sur le terrorisme vu comme un instrument, l'information est capitale et même plus importante que les faits qui lui sont associés. Dans ce sens, les bilans d'une guerre à base terroriste sont possiblement imaginaires ou de nature exagérée, car les bilans sont d'excellents leviers de la terreur pure et donc du terrorisme. En gros, un bon bilan  est un gros bilan. 

  • Dans une guerre à base de terrorisme, la confusion et le brouillage des événements sont fondamentaux, par conséquent, l'écriture historique d'une telle période peut se résumer à la sempiternelle formule : période de troubles. Elle ne peut donc être que partielle et perfectible. En faire l'histoire relèverait de l'emploi pénible façon ouvrier sidérurgique, ou pour faire un bon mot, l'historien a de grandes chances de faire un four en publiant un livre qu'il qualifierait hâtivement d'exhaustif sur ladite période.

  • Le terrorisme c'est aussi le terrorisme des événements que font subir au peuple les titres de la presse quotidienne pour la plupart inféodés à l'Etat. L’événement est la particule élémentaire du terrorisme, le commentaire critique de l’événement s'apparente à une possible remise en cause de l'acte terroriste dans ses fondements; de cette façon, il sera considéré comme un danger pour tous ceux qui gèrent cette guerre basée sur le terrorisme, par conséquent le commentaire critique n'a pas sa place dans un quotidien inféodé à l’État pendant une guerre à base de terreur ou de terrorisme. C'est de cette façon que les journaux algériens, le plus souvent algérois prennent la forme d'assemblages d’événements dépourvus de distance critique, l'objectif premier étant de terroriser et non de réfléchir ou de faire réfléchir, le journaliste inféodé sait que seul l’événement sidère son lecteur et l'empêche de réfléchir sur la portée réelle de celui-ci.

  • Si l’événement est la particule élémentaire, il n'est pas livré seul, il doit être acclimaté enrégimenté et façonné par un ou des journalistes intimement liés à la ligne - elle aussi intime -  du journal lui même inféodé aux forces de l'Etat, ce travail sur l’événement est l'information et l'information est le principe actif du terrorisme.

  • La guerre basée sur la terreur en Algérie dans les années 90 fut une guerre basée sur des flux d'informations organisés par la puissance publique, donc l'Etat dont le relais principal fut la presse d'information quotidienne "privée" et les médias lourds que sont la télé et la radio publiques. Ces deux médias lourds ont contribué à l'effort de guerre terroriste avec une bonne dose de neutralité et de tempérance qui ont fait dire aux spectateurs désespérés de voir du sang ( comme des spectateurs qui attendraient d'un bon film d'action hollywoodien le spectacle habituel de violence et de haine entre bons et méchants.  ) que l'unique et la radio sont des faux culs, ce qui n'a pas été le cas pour la presse dite indépendante qui a contribué à l'effort de guerre terroriste en exacerbant et en concentrant les violences dans des unes reproduites sur des centaines de milliers d'exemplaires qui ont plu aux lecteurs assoiffés de violence et ont désespéré les autres, plus pacifiques, affligés par les morts dus à la guerre entre les deux parties ou bien ceux  je m'en foutiste et plutôt indifférents bien contents de survivre à une guerre dont ils ne reconnaissent ni la pertinence ni la portée ni même l’intérêt de s'insérer dans une des cases proposées par " l'agenda guerrier ".

  • Que ce soient les éradicateurs ou les kitukistes, ils ont servi le terrorisme chacun à leur façon et une des raisons pour laquelle ils ont combattu dans le même camp sans même en être conscient est qu'ils avaient en commun, un amour immodéré des bilans, un amour des gros bilans, les bilans lourds, car les grappes de dix individus assassinés ici et là n'avaient plus très bonne presse. Il fallait donc passer au pallier supérieur, une cinquantaine de morts durant une seule opération, après quoi, et ça s'est passé durant les années 96 et surtout 1997, on franchissait allègrement  la centaine de tués par opération, et là, on a connu une exacerbation des désirs les plus bestiaux, se réjouir d'une liquidation qui voyait ses effectifs se renforcer de jour en jour, de semaine en semaine. Les éradicateurs se réjouissaient des bilans alourdis pour réenchanter et durcir la lutte antiterroriste chère à leurs yeux, quant aux humanistes kitukistes ou réconciliateurs qui doutaient, eux de l'hypertrophie des bilans, avaient émis l'idée que les bilans devaient être encore plus lourds qu'ils n'étaient annoncés et ce même quand les bilans étaient devenus infernaux ( entre l'été 1997 et l'hiver 1998 ) ces humanistes hébétés étaient bien contents d'avoir à examiner les bilans toujours plus gargantuesques pour leur faire dire ce que l'on devine comme étant le fer de lance de leur raisonnement : puisque c'est de l’ordre de l'impensé, les cerveaux échauffés et sidérés par l'ampleur des massacres,  un arrêt des hostilités s'impose sur le champ et ce en attendant l'ouverture des plis et des colis des nombreux services secrets informés des faits et seulement des faits ou bien attendant patiemment les nombreux récits pour  que tout un chacun puisse laver sa conscience, pensant donc que l'écriture historique de cette période pourra se faire à l'horizon 2030 / 2040 à l'heure de départ de la retraite des militaires / activistes en faction, des derniers dinosaures antiterroristes survivants et des journalistes indépendants algériens qui en avaient trop sur la poire..

  • L’Algérie a vécu sous un cocon informationnel plutôt efficace, peu d'informations ont filtré de l’extérieur, ainsi la presse quotidienne a dressé un vaste parapluie informationnel sur tout le pays, il y avait les débuts d'internet et cette guerre terroriste n'aurait pas pu avoir lieu dans les années 2000 et encore moins dans les années 10 du 21ème siècle.

  • Le terrorisme est la forme de guerre la plus pernicieuse car elle fait dire à ceux qui l'ont vécue qu'il ne savaient pas qu'ils ignoraient s'il s'agissait d'une guerre à la façon d'un temps de relative paix instable, là est la grande différence avec la guerre ou les choses semblent plus claires qu'en temps de terreur.

  • La guerre basée sur le terrorisme en Algérie est une des premières guerres cybernétiques connues dans le monde puisqu'il est impossible et improbable d'avoir des chiffres exacts sur le nombre de morts de cette guerre et ladite guerre est basée sur des chiffres qui nous sont parvenus par un traitement informationnel de la vérité c'est à dire qui émane de la presse quotidienne et les agences de presse ainsi que des médias lourds, une guerre qui fait donc la part belle à un circuit fermé ou un ping-pong entre information et réaction à celle ci de l'Algérien moyen qui lui même crée le noyau de terreur, l'individu étant l'unité préférentielle du terrorisme.

  • Ce cocon informationnel a rempli sa mission, la chrysalide qui en est sorti se donne sous cette forme : sidération de l'individu à la lecture des unes barbares des quotidiens algérois montrant à foison visages tuméfiés, cabossés et ensanglantés, corps démembrés dans la seconde et troisième pages et pour finir, les désespérantes caricatures ou les vains billets de quelques sages à la plume un peu plus vocabulaire. la sidération de l'individu devrait être suivie par un repli sur soi qui procède d'une atomisation avancée des individus pour les empêcher de fédérer leur force et créer des solidarités pour faire face aux défis, ainsi, nul appel à manifester dans les rues suite à un massacre ou après un attentat en ville, pourtant au même moment, l’Espagne enterrait avec pompe et circonstance un policier assassiné par des terroristes de la mouvance indépendantiste basque ainsi les téléspectateurs algériens avaient pu voir dans leurs journaux télévisés des millions d'espagnols qui ont marché à Madrid et ailleurs, dans les grandes villes d'Espagne pour dénoncer la mort " inique " d'un seul homme.

  • "On désigne comme terroristes ceux que l'on s'apprête à frapper." de Julien Coupat membre du comité invisible extrait de à nos amis. Edition la fabrique, Paris 2014.