lundi 8 décembre 2014

Effets de miroir


la photo et ses miroirs


En prenant la photo, un individu est venu me voir, " bien joué " qu'il a acclamé en voyant la scène que j'ai capturée, en effet, la grosse flaque d'eau sur le pont du telemly était l’élément constituant d'une bonne photo de facture street. On attend le passant et bam!  le regardeur est frappé par la réflexion, pacequ'en terme de réflexion, de profondeur éthique et symbolique , il n'y en a pratiquement aucune puisque un siècle et demi de street photography a tôt fait de vitrifier ce registre d'images, la stériliser et la rendre ringarde à souhait, 
Mais ce que soulève le passant est bien plus passionnant, lui, j'apprends que c'est un enfant du quartier, j'apprends même qu'il est un peu indigné, même s'il n'a pas relevé le paradoxe, en effet l'effet heureux de la flaque sur ma photo, mon oeuvre, mon enfant est à relativiser, la personne m'affirme que cette ô combien jolie flaque emmerde beaucoup de gens : les riverains et là bam eureka ! Son intervention citoyenne me fait révéler mon immoralité,  quelque chose que je savais par cœur mais qui semble rapidement s'effacer devant ce moment égoïste où l'on prend la photo, où j'ai parfaitement oublié la nature si particulière de ce pont qui n'en est pas qu'un ( les vrais ponts abritent dans leur soubassement des sans domicile fixe et quelques espèces d'oiseaux qui nichent rien de plus ) je le connais par cœur ce pont, ce n'est pas un simple pont, il est complexe car il n'est pas qu'un pont, il est tout aussi architecturé qu'un immeuble puisqu'il s'agit de cela, c'est l'immeuble-pont. Un immeuble d'habitation et d'administrations de sept étages lequel est édifié dans un gros ravin surmonté d'une autostrade pour véhicules motorisés même..
Le pont devient un pont pour une réflexion sur la photo même, lui encore me parle des désagréments dus à cette bonne grosse flaque, sur le dernier étage de l'immeuble pont, des infiltrations d'eau ont été dûment constatées par ces voisins , du coup, une pensée fuse : le bonheur du photographe peut faire le malheur de certains autres. ou bien en une formule plus juste: derrière l'heureuse photo, l'implacable drame qui se noue hors cadre ou derrière cadre, puisque le cadre est aussi une forme de barrage, de censure, il barre la route au regard, je dirai donc qu'une photo éthique serait une photo prise aux rayons X , ainsi on montrera dans le même cliché : la flaque, et un ou deux maçons à truelle s'attelant à barrer la route aux infiltrations dans cette chambre d'enfant atteint de saturnisme, enfin non, de rhume  des foins consécutifs à l'humidité qui règne ici bas.
Encore un élément confondant, je lui ai affirmé à ce gars que le bâtiment bellement réfléchi sur cette flaque ( tout à coté du réverbère qui lui est à coté de la femme au sac orange)  a causé un malheur aux gens en dessous de la voie mécanique , puisque les vibrations des gros camions apportant les matériaux de construction participant à l’érection de l'immeuble blanc au look sévère ont foutu une peur bleue et nocturne pendant des mois à ces riverains qui , en plus des infiltrations d'eau, se trouvent otages des vibrations, des séismes nocturnes en répétition, pour un immeuble qui, si j'en crois mon nouveau copain, va devenir un hôtel
hôtel chez les riverains, les élites mondialisées contre les gens du cru...

Lui-même enfant du telemly a avoué qu'il a habité dans le bâtiment pont mais qu'il avait déménagé avec sa famille dans un autre immeuble... mais au telemly même ( puisque telemly un jour, telemly toujours ), un building qui certainement , nous regarde du haut de ces dizaines d'étages , en train de converser à son sujet..
et comment ne pas croire un copain dont je lui avait parlé de cet article même sur ladite photo que j'étais en train d'écrire, qui, la veille, fait observer, qu'en dépit de tout, cette photo peut apporter du bonheur à ces riverains même, à le croire, des lecteurs du brahmapoutre, se trouve un responsable des voiries et réseaux divers de l'APC ( assemblée populaire communale ) du telemly ou quelque chose d'approchant
on peut rêver, l'ami !