dimanche 9 décembre 2012

Hagrouna ya khawti !

La primauté de l'extérieur sur l'intérieur


J'avais délaissé le présent article que je pensais livrer y a plus d'un mois de ça réagissant  " à chaud " à un papier ( ou plutôt non, un attentat à la pensée)  paru dans Liberté, vous savez, l'autre grand quotidien francisant d'Alger - la banane putride. mais je ne sais pas comment, je me suis laissé aller, je vous explique, j'écris des bribes d'articles et je les entrepose dans la section brouillon du blogger en attendant de les développer, de les faire mijoter avant service, de les rendre plus lecturables quoi ! plus vendables, question de respect pour ma demi-douzaine de lecteurs par mois. ( on ne fait pas d'audimat, par ici.)

Bensmail's talking head




Non, je ne vous parlerai pas de la plateforme de la Soummam, non, je ne vous parlerai pas de l'architecte de la plateforme que je n'ai pas connu, faute de temps et d'argent ( je n'ai pas d'accélérateur de particules à ma disposition pour effectuer un voyage dans le passé, ni même une envie folle de me retrouver face aux moustaches de l'état major général à Ghardimaou pour leur demander des nouvelles de qui vous savez, )
non, je vous parlerai plutôt d'un article couché par Sara Kharfi pour le compte de l'usine à gribouillis Liberté datant du samedi 20 octobre intitulé sobrement : cinéma algérien, un nouveau souffle, un article " remuant" sur l'état du jeune cinéma local et ce, bien entendu, sans qu'elle ait à exclure les faiseurs appartenant à la diaspora ( autant dire, les Algériens de France, on est comme liés à ce pays par je ne sais quel lien indéfectible, on l'aime quoi ! la preuve en est que nous écrivons dans un sabir proche du leur, ceux d'en haut, d'en face qu'on appelle les François  une espèce en voie de disparition, ni latins ni germains, ni même celtes, ils se composent également de résidus d'arabes, des turcs, des chinois des gitans et même des subsahariens ( c'est pour éviter de les appeler noirs)
Sinon, l'article en question se portait sur un documentaire de type talking heads (les têtes parlantes) passant en revue une myriade de nouveaux garnements du cinéma algérien;  on ne sait pas trop, à lire le papier, si c'est la journaliste ou la réalisatrice qui  a cette mécanique tendance à infantiliser les réalisateurs, pour certains plus tout à fait jeunes ( certains ont dépassé les 35 ans).

On la cite :
" Cette génération, sans soutien la plupart du temps, sans encadrement également, fait du cinéma, et affiche un grand besoin d’expression."
c'est connu, les créateurs et plus particulierement quand ils sont jeunes ont ce besoin impérieux d'être encadrés, enrégimentés, formatés, de vrais canassons de courses pour les futures joutes carnavalières  ( cannes, berlin et venise, le trio de tête, le Graal )  à des fins de relancer définitivement le cinémamachin nazional et bien sur représenter le pays dignement parmi le cancer des nations ( en chantant à tue tête kassamen apres avoir remercié sa mere son pere, ses soeurs et djed djedhoum devant gilles jacob et monica belluci qui a peur de sourire par peur de vieillir.)

plus loin encore dans l'article, le virage tant attendu, du gâteau pour les débusqueurs de média khorti :

"Ils évoquent leurs influences, leur univers et les obstacles qu’ils rencontrent. “Ce film qui va à la rencontre de la nouvelle génération de réalisateurs algériens dans un pays en pleine mutation et reconstruction”, nous montre surtout que les jeunes cinéastes ressentent un grand besoin d’expression, de dire ce qui les hante, les habite ou les fait rêver. Ils ont une envie incroyable de se raconter, de se dire et de dire leur Algérie. Même s’ils n’ont pas beaucoup de distance par rapport à la réalité, ils prouvent qu’ils existent juste par le fait qu’ils produisent des images qui reflètent la réalité, ou du moins leur réalité."

alors là, c'est la meilleure, comme pourrait le chantonner la truculente Ouardia !! y a pas à dire, scandaale ! Ainsi, les petits loupiauds qui se mettent à filmer ne peuvent pas avoir de distance par rapport à la réalité, en effet, la plupart, autodidactes et parfaitement algériens ( si si , c'est à dire qu'ils ont bénéficié du systeme éducatif algérien, parmi les meilleurs. ) en d'autres termes, de parfaits abrutis, ne pouvant appréhender la réalité. c'est la vieille antienne de ceux qui privilégient les études fi maricane ou fi frança en lieu et place du bon vieux diplôme de bab ezzouar. ça et là, on se met à rêver  les algériens quels qu'ils soient sont dépourvus de capacité à entrevoir leur réalité car, et c'est leur principal tort, ils "sont". enfin, ce sont avant tout des Algériens, ces éternels enfants, ce pays est toujours malade de sa jeunesse, en somme. juste avant la phrase incriminée  nous avons de quoi extraire l'essence du cliché qui a la vie dure, celui fait à toute cinématographie de pays soudev qui se respecte : " ces cinéastes ont besoin de s'exprimer, ont la soif de dire : traduire : quand y a un africain qui présente un long métrage avec des boubous et des grand mères aux seins tombants qu'on traite de sorcière dans un village de savane sahélienne ( traduire : film chiant à n'en plus finir) on en prélève un tous les deux ans ( pour des considérations de quotas et de discrimination positive ( y a trop de films coréens cette année, y a de la place pour le dernier Ouedraogo ou le Haroun...) et on lui file le prix du scénario, c'est déjà ça de pris, hein !)

oui voilà, après avoir interviewé les petits jeunes qui font des films innocemment ( un arabe est forcément innocent, est forcément ce mouton qu'on conduit vers la lumière du battoir.)
la Meddour ne pouvait concevoir toute seule un discours sur ces petits garnements sans défense immunitaire, elle se devait d'aller voir les anciens ( qui sont sur déjà bien en place.) ainsi Bedjaoui et le mec à béret belkacem hadjadj : la plus belle moustache du cinémachin nazional, loin s'en faut ! puisque les jeunes n'ont pas cette distance suffisante, on fait appel aux " anciens " qui ont la charge d'apporter leur éclairage sur les zones d'ombre à cette génération " école fondamentale" fondamentalement zombifiée, à en croire Meddour et son avocate Kharfi : 

" Mounia Meddour fait intervenir également Belkacem Hadjadj qui parle de la “rupture de société avec le cinéma” et Ahmed Bédjaoui, qui parle d’un “cinéma à construire."



plus loin, encore, comme si les anciens ne suffisaient plus, Mounia Meddour décide d'en finir une fois pour toute, et d’exécuter les petits pourceaux du cinéma nazional en prospectant du coté de madam' la france, nation donneuse de leçon professionnelle ( voir les professionnels en leçons lumineuses : les BHL, finkielcroute et autres Valls) , elle donne donc la parole à ces algériens d'une autre dimension, ces Algériens qui, en france, sont capables de savoir et d'appréhender avec le recul nécessaire ( près de 700 km au bas mot, ça aide , 1400 km si l'on calcule le nombre de réalisateurs au mettre carré construit vu l’extrême densité en réalisateurs algériens de tout poils en Ile de France, là c'est plus du recul, c'est quasiment de la science infuse !)






donc là, c'est la phrase qui tue, la chantilly au bout du chemin, un feu d'artifice, en somme !

" Malek Bensmaïl, une des voix importantes dans le documentaire, et Lyes Salem font partie des informateurs de Mounia Meddour. Mais contrairement aux cinéastes “du-dedans”, ils ont un regard distancié et plus construit. La nouvelle génération réfléchit sur le présent, elle est dans l’immédiateté, dans l’action, dans la difficulté, dans le besoin de parler."
la mise en perspective salutaire était trop irrésistible, ainsi,  en faisant appel aux " extérieurs" car rendus plus légitimes, parfois du fait même qu'ils aient à toucher les Assedics ou la couverture maladie universelle dans quelques centres sociaux grisonnants du 18e arrondissement, certains bien sur sont des glaneurs de prix, ces fameux " informateurs" selon l'expression même de la journaliste. Ceux là même qui prospèrent overseas, qui ont prouvé leur bravoure et leur droit de l'ouvrir parce qu'ils ont su s'accrocher à une des Mecque du cinéma mondial ( en clair Paris et son bassin de dix millions d'âmes.) donc, comme le pou sur un velu clebs afghan, ils ont permis l'éclosion d'une cinématographie nationale à l'extérieur de nos frontières... nationales, sacré exploit.
Par analogie, les esprits les plus nuancés savent que la guerre de libération s'est déroulée à l’extérieur du territoire de chasse habituel, certains faits d'histoire hors frontières se sont parfois révélés plus déterminants, et ce à des moments clefs de la lutte; souvent pour le bon (le congrès de bandung, le lobbying dans les allées de l'ONU, la fédé de france, les porteurs de valise, les coups tordus en Suisse, la cuisine diplomatique assurée à Tunis et au Caire.) et l'obscur ( Ghardimaou, la base didouche, la fameuse ferme de Meknès : la bande de oujda en gros.)

quant "au dedans", Kharfi ou Meddour, on ne saura décidément jamais de qui est cette expression , une des deux n'est pas loin de penser que l'Algérie est ce trou puant, une fosse à purin dans laquelle on baigne tous depuis que ce pays est libéré de madam' la france,

comme si les préceptes de la soummam continuaient à agiter la dichotomie extérieur intérieur ou militaire / politique, kharfi et meddour continuent le débat en privilégiant la piste de la bande de Oujda, de la primauté des khobzistes attentistes ( privilégiant ainsi une armée des extérieurs bien nourrie et bien armée  sur les rats humains en haillons qu'on débusquait dans les wilayas des maquis de l'intérieur à mesure que l'armée "professionnelle" du colonel Boukharrouba avançait sur la capitale, non pour la libérer mais pour s'en emparer telle une banale prise de guerre (peut être la seule du colonel non combattant que représentait boukharrouba !)

ben nous, on invite mesdames Kharfi et Meddour à revoir leur copie et au plus vite, on a débusqué deux films courts, des documentaires fabriqués sous l'impulsion des ateliers de Bejaia Doc, deux oeuvres qui discréditent / contredisent le papelard et le mauvais procès fait aux éternels colonisés " ceux du dedans ". l'un est  titré sobrement " une simple visite " en fait, un portrait tout en nuance d'un éleveur de bétail dans les steppes sans limites de la région d'el Bayadh fabriqué de main de maître par Abderrahmane Krimat qu'on peut visionner sur Dailymotion : http://www.dailymotion.com/video/xbcwmf_une-simple-visite_travel#.UMSy8uT8-Ro et l'autre : la magnifique  confession  introspective de Drifa Mezenner : j'ai habité l'absence deux fois, en les visionnant, elles pourront enfin entrevoir un peu de génie algéro-algérien qui s'est dissimulé à leur regard pendant un certain temps. En parfaits héritiers de Tahya Ya Didou et des Sacrifiés de Touita ( l'autre grand film oublié de la cinématographie dite nazionale) ils possèdent la distance suffisante et une ironie grinçante propre à détruire tous les discours à pets néocolons de certains scribouilleurs qui se fourvoient dans l'impunité la plus complète, sans personne pour les arrêter,  des fossoyeurs de l'intelligence, en somme. 





post scrotum : le hagrouna ya khawti  est le cri du coeur de Ben Bella haranguant, chauffant la foule depuis un balcon( autres temps, autres moeurs)  pendant que l'armée du voisin hassan le deuxieme a fait une percée dans Tindouf, territoire revendiqué par le royaume. 


Br